Philippe Nessmann

A la rencontre de Lucie Aubrac.

A l’origine, en mai 2014, je savais qu’à la rentrée prochaine, en septembre 2014, je me retrouverai à la tête d’une classe de CM2.

Avec cette classe, je savais que je mènerai mon projet d’un chemin de randonnée sur la Résistance durant la Seconde Guerre Mondiale.

Aussi, au détour d’une visite chez un libraire, en mai 2014, je trouve ce livre intitulé « Lucie Aubrac, Résistante » de Philippe Nessmann chez Flammarion.

Nous en achetons 27 exemplaires avec l’école afin de l’étudier durant l’année.

Au retour des vacances de février-mars 2015, nous voilà partis pour étudier ce livre pendant toute la période, soit 7 semaines.

Il était certain que ce livre se révèlerait complémentaire de notre travail sur les résistants étudiés. La narration de l’auteur, ses introductions historiques, étaient des aides importantes et des exemples à suivre pour les enfants.

De mon côté, je leur préparai une fiche de travail sur les personnages de Lucie et Raymond Aubrac, de types cartes d’identité, arbres généalogiques, carte des déplacements en France, constitution des réseaux rencontrés dans le livre.

Une prise de contact récompensée.

Mais une idée me trottait dans la tête, celle de prendre contact avec Philippe Nessmann pour lui dire tout le bien que nous pensions de son livre mais aussi pour lui parler de notre projet sur la Résistance.

Après quelques recherches sur le site de Flammarion, je finis par trouver un site personnel de l’auteur.

Je décidais donc de le contacter par mail sans véritablement espérer de réponse, mais un peu quand même.

A ma grande surprise, dès le lendemain, Philippe Nessmann m’avait répondu et trouvait notre initiative courageuse, pensant que son livre était plutôt réservé à des collégiens ou des lycéens.

Quelques mails plus tard, nous décidâmes que Philippe pouvait venir en classe à la rencontre de ses apprentis lecteurs.

Une rencontre préparée à l’insu des élèves.

Alors que la fin du livre se profilait, je décidais de demander aux enfants d’étudier une partie située à la fin du récit et intitulée « Making of ». Habituellement présente sur des DVD, je me servis de celle-ci comme prétexte pour proposer aux enfants de rédiger des questions pour l’auteur.

« A la lecture de ce Making of, si vous aviez l’auteur devant vous, quelles questions voudriez-vous lui poser ? » fut ma proposition. Les élèves, toujours partant, il faut le reconnaître, s’exécutèrent et rédigèrent des questions souvent très pertinentes.

Ce mardi 14 avril 2015, rendez-vous pris à 10h, la matinée débuta à 9heures avec un petit retour sur la fin du livre et l’évasion de Raymond Aubrac des mains de la Gestapo grâce à Lucie, sa femme. Je leur demandais de remettre sous forme de frise, ou de tableau, les étapes constitutives de cette évasion depuis l’arrestation à Caluires avec Jean Moulin.

Au passage, je m’arrangeais pour revenir sur certaines questions posées par les enfants à Philippe Nessmann, notamment, celles qui lui demandaient s’il avait vécu la seconde guerre mondiale.

En vérifiant que la date de naissance de l’auteur, soit 1967, était mentionnée à la fin du livre, il était facile de leur démontrer l’absurdité de cette question. Néanmoins ce détail aurait son importance plus tard.

Les enfants commencèrent à rechercher les étapes demandées et à organiser leur écrit …

Mardi 14 avril 2015, 10H, un auteur parmi nous

A 10h, comme prévu, le directeur de l’école, André, se présente sur la pas de la porte de la classe accompagné d’un individu, inconnu des élèves.

Pour les élèves, ce n’est pas anormal car souvent, des gens de passage, pour vérifier l’état des ordinateurs de la classe, pour préparer une randonnée, etc, peuvent « débarquer » dans la classe.

Aussi, sur le moment, font-ils à peine attention à cette arrivée.

Néanmoins, je me permets de leur dire d’arrêter leurs recherches et m’adresse à notre invité.

« Si je puis me permettre, en toute indiscrétion, pouvez-vous m’indiquer votre année de naissance » demandais-je.

« 1967 » me répondit notre invité. Je répétais plusieurs fois « 1967 » tout en regardant les élèves.

Là, une bonne moitié de la classe, ayant compris, se mit à me montrer la couverture du livre, désignant le nom de l’auteur, mais sans pouvoir émettre le moindre son.

Scène surréaliste mais tellement belle qui sembla durer une éternité jusqu’à ce que les premiers mots reviennent.

« C’est pas vrai », « C’est pas possible », « C’est … », « Ça peut pas être … », « Quand même pas … », « Pour de vrai … » ponctua ce moment de découverte.

Oui, devant eux, se tenait l’auteur du livre qu’ils avaient étudié 7 semaines durant, Philippe Nessmann.

Deux heures de plaisirs partagés.

Une fois la surprise passée, le dialogue s’est installé entre la classe et l’auteur. Dans un premier temps, nous avons montré les réalisations faites par les élèves en lien avec mes demandes.

Certains ont fabriqué une vraie carte d’identité avec relevés d’empreintes, d’autres des réseaux de type organigramme, faits à l’ordinateur, ou encore des arbres généalogiques imagés.

Par la suite, Philippe Nessmann a expliqué son parcours depuis le … CM2 en précisant bien aux enfants que jusque l’âge de 25-30 ans, « il ne savait pas » ce qu’il voudrait faire plus tard.

Ces propos sont intéressants pour nos élèves car il n’est pas rare qu’ils ne sachent pas quel pourrait être leur avenir professionnel. Cette interrogation peut être source de stress et d’angoisse tant pour eux que pour leurs parents.

Philippe, a alors choisi de montrer l’ensemble des romans écrits dans la collection les « Découvreurs » chez son éditeur Flammarion.

À nouveau de précieux conseils pour l’écriture

Il nous a expliqué comment, pour chaque livre, il procédait pour se documenter, s’imprégner d’un sujet puis le mettre en forme pour le rendre accessible aux plus jeunes.

A cette occasion, il a proposé, à l’aide de son sac à dos, une vraie démonstration sur la notion de point de vue. Il a fait comprendre aux enfants qu’ils voyaient le même objet mais de façons différentes en fonction de l’endroit où ils étaient placés.

Pour son livre sur Lucie Aubrac, c’est la même chose. Il nous a indiqué s’être nourri de plusieurs livres traitant de Lucie Aubrac mais écrits par des auteurs différents (elle-même, son mari, un historien).

Cette démarche a permis aux enfants de mieux comprendre, dans l’optique de la rédaction de leurs articles, la nécessité de chercher plusieurs sources différentes et de les confronter avant de se les approprier.

Philippe a aussi rappelé et insisté sur le fait qu’un écrit n’est que très rarement « parfait » dès la première écriture. Il faut souvent le reprendre, le relire, le faire lire par d’autres, accepter les corrections, les critiques quitte à le reformuler entièrement.

En résumé, cette visite a été aussi riche sur le plan émotionnel que sur le plan des apprentissages et du partage d’expériences.

 

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